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une compagnie petroliere condamnée au canada sur plainte du WWF

une compagnie petroliere condamnée au canada sur plainte du WWF
Par: Steven Guilbeault



Le Canada, avec l'industrie pétrolière de l'Alberta au premier plan, a encaissé un dur coup il y a quelques semaines avec une annonce des plus étonnantes faite par nos voisins du sud: le gouvernement américain considère les sables bitumineux trop polluants. Vous avez bien lu, c'est l'administration de George W. Bush, principale détractrice de Kyoto et de toute la lutte aux changements climatiques, qui a fait ce constat...
Selon la loi du Energy Independence and Security Act, signée par le président Bush, "les agences fédérales ne peuvent plus signer de contrats d'approvisionnement pour des carburants alternatifs ou synthétiques, sauf s'il est prouvé, selon l'analyse du cycle de vie, que les émissions de GES liées à la production et à la combustion de ces carburants sont moindres ou égales à celles des sources conventionnelles de pétrole".

Cette annonce est très importante et comporte deux éléments essentiels qui, à mon avis, constituent d'excellentes nouvelles.

Tout d'abord, c'est très rassurant de voir la plus importante économie de la planète prendre cette décision. Le gouvernement Bush n'a pas vraiment fait preuve de leadership dans le dossier énergétique jusqu'à présent. C'est donc tout un revirement. Même si les experts estiment que l'Alberta ne sera pas affectée à court terme (économiquement parlant) par cette loi, il s'agit d'un geste important qui illustre à quel point les changements climatiques sont pris en considération et sont en train de dicter certaines règles du marché.

Les États-Unis sont les principaux acheteurs des sables bitumineux. Le gouvernement américain est l'un des plus énergivores au monde. L'armée et la poste, deux agences fédérales, sont les plus gros consommateurs de carburant au pays. C'est tout un signal à la communauté internationale qui est lancé. Même si l'Alberta peut continuer de vendre à des compagnies privées ou aux États au sud de la frontière, elle vient quand même de perdre un client très important. Et qui sait si cette annonce n'entraînera pas d'autres joueurs à adopter de telles politiques?

D'ailleurs, la Californie a pris cette décision bien avant l'administration Bush en annonçant en février 2007 qu'elle ne voulait pas du pétrole issu des sables bitumineux parce qu'il émettait trop de GES.

Ensuite, la loi fait référence à un concept crucial en environnement: l'analyse du cycle de vie. Grâce à ce processus, nous pouvons déterminer les impacts environnementaux globaux de différents produits, technologies et procédés industriels sur l'ensemble de la vie d'un produit. Dans le cas des carburants, les impacts environnementaux peuvent être mesurés en calculant notamment les émissions de gaz à effet de serre dans toutes les étapes de "vie" d'un carburant, de son extraction à sa combustion.

C'est important parce que, enfin, le calcul des émissions de GES ne se fait pas uniquement quand "la voiture roule", mais tout au long de la production. Et qui remporte la médaille d'or dans le calcul des émissions? Eh oui, le pétrole de l'Alberta.

Ce n'est un secret pour personne, l'industrie des sables bitumineux est la plus polluante au Canada. Les sables bitumineux sont responsables de 30 % de l'augmentation des émissions de GES depuis 1990 pour tout le Canada. L'extraction du pétrole des sables bitumineux est un processus extrêmement coûteux du point de vue énergétique et environnemental.

Je n'irai pas dans les détails, mais les données reliées à chacune des étapes de production sont tout simplement effrayantes. La production d'un seul baril de pétrole nécessite l'extraction de deux tonnes de sables bitumineux. Ce même baril génère deux barils de déchets toxiques. Il faut de trois à cinq litres d'eau pour produire un seul litre de pétrole. Toute l'industrie fonctionne au gaz naturel. L'énergie dépensée est énorme. La consommation quotidienne de gaz naturel suffirait à chauffer quatre millions de maisons... Au final, les émissions de GES générées par les sables bitumineux sont au moins de 25 % supérieures à celles générées par le pétrole conventionnel.

Avec cette annonce, le Canada est une fois de plus sur la sellette dans le dossier des changements climatiques. C'est une bonne nouvelle, la pression monte. Après le rapport de l'ONU cet automne, le dérapage à Bali en décembre, ce sont maintenant nos principaux alliés qui nous font la leçon. Et cette fois-ci, la donne est un peu différente puisque la pression ne vient pas seulement du public, mais de la loi.

Tags: Energy Independence and Security Act, sables bitumineux, Alberta, États-Unis


2 commentaire(s) Le Canada dans les sables... mouvants

Normand Parisien a dit :

re: Le Canada dans les sables... mouvants

Rien d'étonnant au fait que le gouvernement américain émette des réserves face à nos sables bitumineux car une élection présidentielle aura lieu au mois de Novembre. Le candidat républicain en tête est reconnu pour avoir des idées plus progressistes que les membres de son parti, en ce qui concerne la question environnementale, et les adversaires démocrates tirent à boulets rouges sur l'administration Bush avec sa position sur Kyoto, etc...

De plus, la qualité des sources pétrolières varie mais si les gouvernements ont présentement l'embarras du choix, ceci ne durera pas indéfiniment car les réserves mondiales ne sont pas infinies et tôt ou tard il faudra utiliser ce pétrole plus polluant, pour faire tourner les industries mondiales. En période électorale, il ne faut pas se surprendre des déclarations des politiciens.

# 08 févr. 2008, 13:53
Marc Audet a dit :

re: Le Canada dans les sables... mouvants

Décidément, il y a du sable dans l'engrenage pour ceux qui pensent à courte vue en matière d'environnement. Qui peut aller contre cet argument de béton en face duquel ceux des opposants ont l'air de châteaux de sable: c'est le cycle de vie complet d'un produit, de sa production à sa dernière utilisation, qu'il faut regarder quand on pense à des alternatives. Cet argument a le mérite d'examiner la question comme un tout, comme un système au sein duquel les éléments s'influencent réciproquement pour former un ensemble dynamique. Même si cet argument n'empêche pas a priori que les variables sociales et économiques soient prises aussi en compte, il ne les met pourtant pas d'entrée de jeu dans la problématique. C'est aussi le cycle de vie des humains qui est à prendre en compte, leur espérance de vie, celle de leur vie en santé et celle des générations à venir. Le climat est seulement une partie de cet ensemble qu'il faut considérer dans nos choix. Même si ce dernier a des incidences certaines sur la mort, la faim et la soif des humains, d'autres facteurs de pollution influencent aussi leur santé sans nécessairement passer par le climat.

Ce qui est ironique dans cette loi américaine lui vient de ce qu'elle porte la signature de quelqu'un qui se soucie de la pollution par l'utilisation du pétrole comme de sa dernière salopette. Dans un contexte de ralentissement économique et même de récession, ne fait-il pas bon au c½ur de l'Indien de réconforter ceux dont on a protégé les intérêts pétroliers en même temps que les nôtres, quitte à dépenser des centaines de milliards de dollars dans des guerres incertaines. Vous êtes ceux de nos clients qui bénéficieront les premiers de nos achats pourrait-on lire aussi en filigrane de cette loi américaine.

Il n'empêche que ceux de nos gouvernants qui se conduisent de manière trop servile envers notre puissant voisin ont là la leçon qu'ils méritent. Leur servilité est payée de mépris.

# 13 févr. 2008, 10:14

# Posté le lundi 18 août 2008 03:58

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