Incinération : Brasier à vif à Fos-sur-Mer.
Tandis que les travaux de construction de l'incinérateur se poursuivent, MPM annonce une mise en service dans le courant de l'année 2008.Le dossier de l'incinérateur de Fos-sur-Mer est loin d'être clos. Entre polémiques et recours juridiques acharnés, « pro » et « anti » s'affrontent tandis que la confusion gagne.
Attention, le feu couve ! Depuis le début du projet, l'incinérateur de Fos-sur-Mer provoque toujours autant de réactions enflammées.
Au départ, il s'agissait de trouver une solution au traitement des 707 000 tonnes d'ordures produites chaque année par les habitants des 18 Agglomérations de MPM et jusqu'à présent entassées dans la décharge d'Entressen, l'une des plus grandes "poubelles" à ciel ouvert du continent européen.
Or, une directive européenne, entrée en vigueur le 16 juillet 2001, impose (en fixant un ensemble de prescriptions techniques visant à réduire les conséquences du stockage des déchets sur l'environnement et la santé humaine) à toutes les collectivités de se plier aux nouvelles normes avant le 16 juillet 2009 sous peine de lourdes sanctions.
Pour Jean-Claude Gaudin (UMP), président de MPM, et son adjoint à l'environnement en charge des déchets, Robert Assante, la solution de l'incinérateur « de 3ème génération », installé à Fos-sur-Mer, s'est finalement imposée.
Le seuil de toxicité des dioxines toujours en débat
Objectif : traiter 300.000 tonnes de déchets ménagers chaque année en provenance de la communauté urbaine de Marseille, le reste étant trié ou valorisé. « L'incinération est ce qu'il y a de plus contrôlé en France et en Europe, estime Robert Assante. Et s'il est l'un des modes de traitement des déchets existant, la plate-forme multi-filières de Fos comportera aussi une usine de tri, un système de compostage, et un centre de méthanisation. Enfin, en conformité avec la directive européenne, l'incinérateur de Fos ne devrait pas rejeter plus de 0,1 nanogramme de dioxines par mètre cube. Il est même prévu qu'il en rejette 0,03 nanogramme par m3 grâce à un système de filtres très performants ».
Reste malgré tout le problème du seuil de toxicité des dioxines, qui fait encore débat parmi les scientifiques.
Des riverains contre à 97,8%
Pour les écologistes, riverains et élus locaux situés à proximité de Fos-sur-Mer (et donc en première ligne) c'en est trop. « L'incinérateur va de toute façon polluer encore un peu plus l'air de Fos-sur-Mer, déjà saturé après des années d'exploitation industrielle. Et une fois de plus, c'est la population qui va en faire les frais » s'insurge Gérard Casanova président du collectif citoyen « santé environnement ».
Mais le dossier, en plus de poser le problème de la pollution de l'air, soulève l'épineuse question de la gestion d'un territoire, les habitants de Fos refusant d'accueillir les déchets des Marseillais et d'en payer le tribut sanitaire.
Ainsi, en 2005, les maires de trois communes de l'agglomération de Fos-sur-Mer (Fos, Port Saint louis du Rhône et Istres) avaient organisé un référendum consultatif auprès des habitants. A la question de savoir s'ils étaient favorables à l'implantation de l'incinérateur à Fos, 97,8 % des votants s'étaient prononcés contre. Un résultat sans appel...Mais qui n'a pas suffit à empêcher le début des travaux.
Un combat juridique acharné
Depuis, le combat juridique sans merci que se livrent les « pro » et les « anti » se poursuit. Derniers rebondissements en date : le tribunal administratif annulait, le 2 octobre, la mise en place du plan départemental des déchets, voté par le Conseil Général (PS) le 30 janvier 2006 et qui ne prévoyait aucun recours à l'incinération pour les 10 ans à venir.
Autre difficulté pour MPM, le 16 octobre, le commissaire au gouvernement émettait en plus un avis négatif quant à l'autorisation d'exploitation de l'incinérateur.
Coup de théâtre, le lendemain, la Cour de Cassation (qui suit en règle général l'avis du commissaire au gouvernement) confirmait une décision de justice de septembre 2006 autorisant le redémarrage des travaux du futur incinérateur, un temps interrompu pour protéger le « Lys Maritime », une espèce protégée retrouvée à proximité du site d'exploitation.
160 millions d'euros déjà engloutis
Enfin, le 13 novembre, le tribunal administratif rejetait le recours du WWF-France et du CNIID (Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets) demandant l'annulation de l'autorisation et confirmait ainsi l'arrêté préfectoral du 12 janvier 2006 autorisant la reprise des travaux.
Une décision jugée inacceptable par les deux structures qui rappellent que, dans son discours de clôture du Grenelle de l'environnement, le président de la République Nicolas Sarkozy avait pourtant annoncé la fin du « tout incinération » pour privilégier la valorisation des déchets. « La création et l'exploitation de cet incinérateur est un non sens pour la santé humaine et l'environnement. En fonctionnant à minima, il rejettera 170 tonnes de produits toxiques (plomb, mercure, acide chlorhydrique, ou encore dioxines) et 280 000 tonnes de gaz carbonique dans l'atmosphère par an » avancent le WWF-France et le CNIID qui ont déclaré faire appel de cette décision devant le tribunal administratif de Marseille.
Le feuilleton semble pourtant devoir se poursuivre puisque d'autres affaires juridiques, opposant plusieurs associations à l'arrêté préfectoral ont été renvoyées à une date ultérieure. Reste la réalité du terrain : 160 millions d'euros ont d'ores et déjà été engloutis pour sa construction... rendant chaque jour plus difficile le combat des opposants à l'incinérateur.
28 novembre 2007, Marie-Agnes Lubat